
Christophe Rulhes
Anthropologue, auteur et metteur en scène, musicien, co-fondateur de la compagnie de théâtre le GdRA
Les recherches de Christophe Rulhes croisent le théâtre et la mise en scène ainsi que l’anthropologie des devenirs et des langues autochtones. En plusieurs terrains – Japon, Afrique du Sud, Madagascar, France rurale et urbaine, Occitanie, Corse, île de la Réunion, Guyane amazonienne – il s’est attaché à décrire des « paysanismes » où priment la parole et le geste. En actualisant ce terme depuis l’anthropologie de Marcel Jousse, il souhaite étudier des liens d’appartenances réciproques entre terres, espaces et humain.e.s, attachements concrets et narratifs qui fabriquent des villages, des chemins, des quartiers et des pays à vivre ou à arpenter. Se jouent là des imaginaires et des visions du monde, à la fois terrestres, océaniques et célestes, que l’enquête aborde dans les détails d’une approche personnaliste. Les terrains étudiés sont souvent troubles, frontaliers, plurilingues, pollués, métis, en cours d’engendrements, de disparitions ou en métamorphoses.
Cette recherche anthropologique et théâtrale s’adosse à l’examen d’écosocialités singulières, à la piste d’une écologie des pratiques située au cœur d’un environnement agi et actif. La méthodologie recours à l’anthropologie visuelle avec l’enregistrement filmé de visages, de récits et de gestes quotidiens qui nourrissent ensuite des mises en scène et des installations vidéos scénographiques. Cette anthropologie se traduit ainsi par des représentations pluridisciplinaires où se jouent des transes : pièces de théâtre ou spectacles musicaux et chorégraphiques, formats hybrides arts/sciences, performances, textes plurilingues, films intégrés sur scène ou dans des plateaux d’exposition. Elle contribue à un théâtre du portrait et de la personne, décrit par la critique artistique comme « documentaire », « à partir du réel », « du réel », ou tout simplement « anthropologique ». En 2023 pour ces travaux, Christophe Rulhes a obtenu un doctorat d’anthropologie de l’EHESS au LAS par Validation des Acquis et de l’Expérience, dans lequel il détaille les formats et méthodes de sa démarche d’enquête et de création.
Au sein d’OSPAPIK et avec sa compagnie de théâtre le GdRA, en tant que post-doctorant, il coréalise une recherche et une écriture avec l’artiste autochtone Wayana Aimawale Opoya qui prend la parole sur scène, en mots et en peintures. Ensemble, à partir des « Ciels de Case » Maluwana, cosmogrammes aux significations discutées que fabrique et peint Aimawale Opoya, ils mènent une recherche au sujet de l’astronomie amérindienne Carib d’Amazonie Guyanaise. Du point de vue autochtone, ils questionnent l’astrophysique occidentale, l’activité du Centre Spatial de Guyane et du Centre National d’Etudes Spatiales à Toulouse. En Wayana, un mot vient d’apparaître récemment pour désigner les satellites : Silikeimë ou « étoile monstre ». Que sont ces engins spatiaux qui sillonnent le ciel nocturne ; traversent les traces de l’incendie primordial et fondateur de kumaka le grand arbre ; perturbent les gens brûlés qui souhaitaient retrouver Jenunu sur la lune ; troublent Silike le criquet inventeur de la nuit ; peuplent la voie lactée des villages de bord de fleuve ; concentrent les investissements de la Guyane française quand les habitants du village de Taluen n’ont un accès précaire à l’électricité que depuis quelques années et toujours pas le collège qu’ils réclament ? Ici Christophe Rulhes inscrit une anthropologie de la vision et du visible, une anthropologie de l’ocularité, dans le contexte d’une forêt et d’un ciel troubles et polluées où les modes de vie se renouvellent. Qui cherche à voir quoi ? Et pour quel pouvoir ?
