Silikë

Le ciel dans la terre

Le danseur et circassien Maheriniaina Ranaivoson, Merine Betsileo de Madagascar qui a marqué la vie du GdRA en y créant et jouant Lenga. Le GdRA © Nathalie Sternalski

En 2007 l’artiste musicien et anthropologue Christophe Rulhes crée le Geste de Recherche Artistique, le GdRA, collectif pluridisciplinaire de théâtre invité dès 2010 par le 64ème festival d’Avignon avec Ethnographiques ou le syndrome de Malinowski et Singularités Ordinaires. Ces deux pièces conçues, écrites et mises en scène par Christophe Rulhes, sont notamment créées par Sébastien Barrier comédien, Julien Cassier acrobate, Christophe Rulhes musicien. C’est le début d’une série de créations scéniques relevant d’un théâtre anthropologique de la personne, visuel, sonore, physique, pluriel.

Sylvana Alimina Opoya du village de Taluwen en Guyane, co-autrice de Selve © le GdRA Christophe Rulhes

En 2017 au théâtre de Vidy à Lausanne, Christophe Rulhes conçoit et met en scène pour le GdRA Selve, Itu jekët Sylvana, pièce coréalisée et coécrite avec Sylvana Alimina Opoya, jeune femme Wayana autochtone du village de Taluwen en Guyane française amazonienne. Ensemble et en correspondance avec la diglossie paysanne, terrestre et occitane, ils cherchent une écosocialité Wayana plurielle : personnes/forêt/langues/fleuve/esprits.

Lors de cette création, Christophe Rulhes note différentes façons de voir au loin en Guyane, terre/ciel contrastée et multiple : via l’ocularité céleste-terrestre des satellites lancés du Centre Spatial Guyanais à Kourou vers l’orbite et ses relais, réflecteurs de bits numériques déferlant en vague de radiations électromagnétiques sur toute la surface de la planète comme autant de réductions de l’espace ; via la hutte mimnë du pïjai à Taluwen où l’espace rétréci au départ s’ouvre densément en fumées pour se dilater en nuées capables d’accroitre les distances et les possibles de la contemplation et de l’action, permettant de voir et de voyager dans le monde des esprits Wayana, jusqu’aux ciels supérieurs et aux strates du dessous.

Le Centre Spatial Guyanais à Kourou, voir plus loin, toujours plus loin © le GdRA Kélit Raynaud
Tukano le pïjai, grand-père de Sylvana Alimina Opoya, usager de la lutte mimnë © le GdRA Hélène Canaud

Un ciel étoilé en Occitanie, terre de cosmovisions © le GdRA Guillaume Cannat

En 2023 le parcours artistique et théâtral du GdRA vaut pour Christophe Rulhes une thèse en anthropologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et du Laboratoire d’Anthropologie Sociale sous la direction de Barbara Glowczewski. Ce temps d’écriture et de Validation des Acquis et de l’Expérience (VAE) prolonge les enquêtes et réflexions du GdRA ainsi que le premier parcours doctoral de Christophe Rulhes réalisé avec Daniel Fabre et Jean-Pierre Albert dans les années 2000 et consacré à l’autodétermination occitane et aux arts, au monde paysan et aux terres-ciels qu’il habite.

Le Maluwana ou ciel de case de Taluwen réalisé et peint par Aimawale Opoya © le GdRA Christophe Rulhes

En 2025, Christophe Rulhes rejoint l’équipe de recherche d’OSPAPIK pour y écrire la pièce Silikë, le ciel dans la terre, second tome des pièces équinoxiales du GdRA. Il y conçoit une enquête à Taluwen au sujet des pratiques artistiques d’Aimawale Opoya, oncle de Sylvana Alimina Opoya, peintre de maluwana « ciels de case », disques monoxyles de bois à peintures en argile, motifs cosmologiques et narratifs. Aimawale est aussi un militant engagé pour la préservation du mode de vie Wayana et de son rapport permanent à la forêt et au fleuve Litany.

Palanaiwa à Antecum-Pata joue la flûte Kapau Jetpë après un entretien avec Christophe Rulhes au sujet des étoiles Wayana © le GdRA Kélit Raynaud

Ensemble Aimawale et Christophe, avec Charlotte Le May circassienne et comédienne québécoise, Kélit Raynaud et Solelh Rulhes pour les images et le son, partent  à la piste du ciel Wayana dont les constellations tendent à s’effacer, lisent le ciel occitan dont les astérismes se raréfient. Christophe Rulhes découvre alors dans un ouvrage de l’anthropologue chilien Edmundo Magañas quelques peu oublié dans les magasins du département d’espagnol de l’Université Jean Jaurès à Toulouse que Kumakau et Opoya, les grands-parents d’Aimawale Opoya, ont indiqué en 1983 avec d’autres anciennes ou « grandes personnes » une longue série de constellations Wayana établissant les contours d’une riche astronomie faite de repères, de saisons, de temps et d’espaces, de catastérisations et de récits, dans laquelle agissent de nombreux signes stellaires en miroir de la terre. Le morphème maluwa veut dire miroir en Wayana.

En 2026, Aimawale Opoya rejoint l’équipe du GdRA à la Cité de l’Espace à Toulouse. Là, la planétariste et astronome Julie Fauré en compagnie d’Inès Prieto, responsable international & ingénierie du SEMECCEL « stimulateur d’émotions culturelles et scientifiques », à partir des données d’Edmundo Magañas recensées par Christophe Rulhes, reconstitue les constellations Wayana sous le dôme du planétarium, avec les commentaires et appréciations d’Aimawale Opoya.

Ipetpun catastérisation de l'homme sans cuisse et sa superposition grecque Orion © le GdRA Loran Chourrau
Aimawale Opoya sous le planétarium de la Cité de l’espace à Toulouse, un dôme, comme le Tukusipan traditionnel Wayana, une hutte en dôme. © le GdRA Loran Chourrau

Les 10 Maluwana peint par Aimawale Opoya pour la scénographie de Silikë. © le GdRA L.Chourrau C.Rulhes

Toujours en 2026, Aimawale Opoya, Charlotte Le May et Christophe Rulhes préparent et répètent la pièce de théâtre Silikë au théâtre Sorano, à la Grainerie de Balma, au Théâtre de Cornouaille à Quimper, au Quartz Scène Nationale de Brest. Aimawale, Christophe et David Løchen y conçoivent et réalisent une scénographie de maluwana, Aimawale raconte les étoiles Wayana et les peintures du « ciel de case » comme autant de parts de cosmovision autochtone. Charlotte Le May y dit un carnet écrit durant les enquêtes, texte ponctué d’images filmées à Taluwen et de danses en « équilibres », les mains au sol, le ciel dans la terre. Christophe Rulhes chante plusieurs textes traditionnels occitans dédiés aux étoiles, s’inspire des cosmovisions paysannes, catalanes, occitanes, où, là aussi, lo cel es dins la terra, kapu man lo neu.

Aimawale, Charlotte et Christophe lors des premières répétions au théâtre Sorano de Toulouse © le GdRA Loran Chourrau

Après une avant-première en lecture à l’Université de Polynésie Française de Papeete le 17 novembre, cette pièce sera créée au Quartz Scènes Nationale de Brest les 10, 11 et 12 décembre lors du festival No Border. C’est une écriture à la fois anthropologique et théâtrale, portée et coproduite par OSPAPIK. Elle entre en correspondance avec les réflexions de l’équipe de recherche. Que peuvent faire et dire les arts autochtones et allocthones au sujet des pollutions stellaires, lumineuses et en débris, qui, du ciel au sol, menacent l’habitabilité et la pluralité des récits ?

Production & Coproduction

Production : le GdRA

Coproductions, accueils en résidence, soutiens : Le Quartz Scène Nationale de Brest ; Conseil européen de la recherche (programme OSPAPIK, n° 101088403) ; Le Théâtre de Cornouaille Scène Nationale de Quimper ; Théâtre de l’Entonnoir Pilimoko Kourou ; La Grainerie – Fabrique des arts du cirque Toulouse Métropole ; Derrière Le Hublot, Scène conventionnée Art et Territoire ; Scènes Croisées de Lozère, Scène conventionnée arts en territoire ; La Verrerie d’Alès, Pôle National Cirque Occitanie, Le SEMECCEL/Cité de l’Espace de Toulouse ; le Théâtre Sorano Toulouse ; la maison de Fontfrède ; Ïtenköm, association pour la labélisation d’un art Wayana Apalai ; Université de la Polynésie Française ; Silikë existe sous l’égide du Grand Conseil Coutumier des Populations Amérindiennes et Bushinenge de Guyane qui en a validé le processus éthique et certifié l’autorisation. Subventions : la DGCOPOP Guyane aide à la création ; le FEAC mobilité des artistes ultra-marins 25 et 26 ; le Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur développement du dialogue sciences, recherche et société ; la DGLFLF soutien aux langues de France. Le GdRA est conventionné par le Ministère de la Culture français en DRAC Occitanie, demande pour Silikë les aides à la création de la Région Occitanie et du département de la Haute-Garonne, bénéficie de l’aide au fonctionnement de la ville de Toulouse Métropole.

Distribution

Une création du GdRA, conçue et mise en scène par Christophe Rulhes
Dramaturgie, écriture : Christophe Rulhes avec Aimawale Opoya et Charlotte Le May

Créé et interprété par :
Aimawale Opoya : texte, peinture, actions
Charlotte Le May : texte, danse, acrobatie, musique
Christophe Rulhes : texte, chant, musique

Regard à la mise en scène : Katharina Stalder ; regard à la chorégraphie Chloé Beillevaire
Regards de Frédéric Boone astrophysicien et de Joëlle Zask philosophe
Collaboration dessin en direct : Benoît Bonnefrite
Scénographie : Christophe Rulhes & le GdRA
Création son : Pedro Theuriet
Images et sons Guyane : Kélit Raynaud-Sathal & Solelh Rulhes
Costumes et stylisme : Lucie Patarozzi
Régie générale, lumière, construction, scénographie : David Løchen
Administration, production : Frédéric Cauchetier

Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre © le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau
Charlotte Le May, les mains dans le sol, Silikë, le ciel dans la terre ©le GdRA Loran Chourrau